Rédigé par : Arturs Logins
Révisé par : Maryse Bissonnette
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J’étais sûrement parmi les dernières personnes à décider de me lancer dans l’aventure TEDxQuébec. Et je pense sincèrement que cette aventure méritait d’être documentée et partagée avec vous.
Après avoir reçu un message de dernière minute de la part de collègues de l’université concernant la date limite pour envoyer une vidéo pour la sélection de l’édition 2026, j’ai tout de suite compris que je voulais vivre cette expérience et, surtout, que j’avais quelque chose à dire.
Mais, surprise : dès les premières tentatives d’exprimer mon message de manière accessible, je me suis heurté à quelque chose que je ne soupçonnais pas ! Habitué à donner des conférences académiques dans le contexte universitaire et de la recherche scientifique, j’ai réalisé que j’aurais besoin d’aborder les enjeux philosophiques parfois abstraits en exemples concrets et applicables à tous.
Je me suis donc donné le défi de rendre la philosophie accessible à tous à l’ère de l’intelligence artificielle.
Dans la version initiale de mon projet de conférence, je me suis concentré surtout sur l’opacité de l’IA générative, ses enjeux et ses implications épistémologiques[1]. Pour l’IA générative, synthétiser mon idée dans une présentation de maximum deux minutes était en soi tout un défi pour moi ! J’ai ensuite envoyé ma vidéo juste avant la fin du processus de sélection en croisant les doigts que cela soit suffisamment vulgarisé pour rejoindre un public de tous horizons.
[1] L’épistémologie se définit comme l’étude de la constitution des connaissances (Université Laval, s.d).
Sélectionné, je passais à la deuxième ronde ! Après une première rencontre en visioconférence, j’ai reçu une deuxième bonne nouvelle consécutive : j’étais sélectionné pour la dernière étape de sélection : offrir un aperçu de ma conférence en présentiel sur la scène devant l’équipe de sélection TEDxQuébec.
D’ailleurs, cette première expérience sur scène n’a pas seulement été une étape de sélection pour moi, mais aussi une occasion d’approfondir et de peaufiner mon message clé. Les questions et les interactions avec les personnes présentes, notamment les co-présidentes, se sont révélées une mine d’or pour travailler sur les détails et l’orientation plus précise de ma présentation.
C’est après ce moment-là que j’ai réalisé que mon idée initiale, axée sur l’opacité des systèmes d’IA, cachait en elle un enjeu bien plus fondamental qui dépasse l’épistémologie seule. En fait, c’est notre autonomie même, notre esprit critique, notre agentivité qui est en jeu lorsque nous déléguons de façon importante nos tâches cognitives à des réseaux de neurones profonds, et risquons ainsi d’accumuler, pour reprendre une expression de plus en plus utilisée, une « dette cognitive », susceptible d’affecter notre esprit critique.
C’est le vendredi 20 février que j’apprends que ma proposition est sélectionnée pour l’édition 2026. Les semaines qui ont suivi ont été précieuses. En travaillant avec mon coach, j’ai pu approfondir ces thématiques et trouver la structure idéale de ma présentation. C’est en travaillant chaque semaine qu’est venue l’image des marionnettes : lorsque c’est l’IA qui effectue le travail de réflexion, et dans un sens même de décision, pour nous, ne devenons-nous pas un peu les marionnettes de l’IA ? Le fait de me faire accompagner pour bien me préparer a été incroyable. Le coaching m’a aidé à retrouver la forme et la structure exactes avec lesquelles je me sentais entièrement à l’aise et innovant dans mon message.
L'accompagnement
L’accompagnement offert par TEDxQuébec m’a permis aussi à apprendre la présence sur scène : de la posture à la gestion du souffle, en passant par l’état d’esprit et les pauses, j’ai pu travailler chaque détail. Ces séances de travail avec mon coach ont été essentielles pour trouver le bon équilibre et ma propre façon de parler à un public différent de celui que je côtoie pendant mes cours et conférences universitaires. Ainsi, j’ai pu me rapprocher progressivement du public dans ma façon de présenter mon sujet, afin de transmettre mon message philosophique sur l’autonomie de la pensée et de la délibération à l’ère de l’IA.
Le Jour J a été l’accomplissement naturel de ce travail en amont. Tout s’est déroulé exactement comme prévu et anticipé. Le public a ri à tous les endroits prévus (et plus encore), les silences ont été pleins de sens et mon message, à en juger par les retours que j’ai pu avoir, a atteint son objectif.
C’était intense, certes ! J’ai aussi eu un petit moment d’inquiétude avant de monter sur scène. De mon point de vue, ma conférence s’est déroulée comme une lettre à la poste. Le message et la performance m’ont porté et je suis fier d’avoir osé diffuser un message auquel je crois profondément, sur une scène et dans un environnement à l’opposé de mes habitudes. Oser sortir de ma zone de confort m’a fait réaliser que j’étais tout aussi à l’aise dans ce style narratif.
Cette expérience a été un apprentissage pour moi. Je suis content d’avoir relevé le défi de sortir de ma tour d’ivoire d’académicien et de présenter mon message de manière accessible. C’est le point principal que je retiens : une nouvelle capacité que je pense avoir acquise — celle de parler non seulement face à mes étudiant(e)s, obligé(e)s de m’écouter tout au long de la session, mais aussi devant un public aux horizons très variés, un public passionné et intrigué par les enjeux de notre demain. Je suis surtout heureux d’avoir pu partager l’importance d’exercer notre esprit critique face à l’arrivée de l’IA générative, qui, même si elle peut sembler une invitée de dernière minute, sera certainement encore avec nous demain.
